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De quoi nos réseaux ont l’air deux mois après la COVID ?

26 mai 2020

Ça fait plus de deux mois que nous vivons maintenant la crise de la COVID-19. Quel bilan faire de ces premières semaines ? En deux mois, il s’en est passé des choses !

La gestion de la crise de la COVID-19 par François Legault est très appréciée de la part de la population du Québec. Rien de surprenant, quant à moi. Lors des moments de crise, nous apprécions des leaders forts qui se présentent tous les jours « au front ». Comme le tandem Lucien Bouchard/André Caillé lors de la crise du verglas. Comme George Bush, lors de la crise du 11 septembre. Comme la mairesse du Lac Mégantic après l’explosion du 6 juillet 2013.

La prise en charge rapide et avec assurance donne beaucoup de latitude au premier ministre d’agir à sa guise. C’est particulièrement vrai dans une situation où la vaste majorité de la population est en confinement, notamment les partis d’opposition et les journalistes terrain.

Ça donne un grand monopole au gouvernement quant aux informations diffusées au public.

Au début, le gouvernement gérait somme toute assez bien la crise. Mais ça, c’était avant la crise qui a frappé plusieurs CHSLD. Et depuis, plusieurs événements viennent augmenter les préoccupations, voire l’insatisfaction des travailleuses et travailleurs.

Mieux nous protéger

D’abord, il y la fameuse question de la protection. Depuis le début, nous réclamons à tous les niveaux un rehaussement de la protection du personnel, particulièrement dans les CHSLD, les centres d’hébergement privés (CHP) et les soins à domicile.

Et on ne sort pas ça d’un chapeau ! Quand on voit la quantité de travailleuses et travailleurs du réseau qui sont infectés, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. C’est certain que les éclosions dans les CHSLD sont dues au déplacement du personnel, au manque de dépistage, mais aussi au manque d’équipements. Comment expliquer qu’on ne donne toujours pas de masques N95 dans les CHSLD, les CHP et les soins à domicile touchés par la COVID ? Même chose dans le secteur préhospitalier où on a diminué les niveaux de protection depuis le début de la crise. Ces décisions ne s’expliquent pas et nous mettent en danger.

Heureusement, nos interventions réussissent à faire changer les choses pour le mieux. Le MSSS a enfin annoncé la semaine dernière un plan de dépistage de la COVID parmi le personnel de la santé. La première phase du projet couvre les CHSLD (publics, privés et privés conventionnés). Le MSSS a aussi diffusé une directive pour rehausser les mesures de protection pour tout le personnel de la santé travaillant en milieu hospitalier dans les régions chaudes. C’est loin de tout régler et c’est pourquoi nous continuons sans relâche d’agir sur la question.

Imposer plutôt que négocier

Le gouvernement a pris la fâcheuse habitude d’imposer plutôt que de négocier avec les organisations syndicales. C’est ce qu’il a fait avec ses primes, mais aussi en venant chambouler nos conditions de travail. Ses arrêtés ministériels limitent grandement la capacité d’intervention des syndicats et suscitent la grogne dans le réseau.

C’est le cas pour les primes qui divisent. Les primes de 4 ou 8 % sont très restrictives. La prime de 8 % a pris une éternité à arriver. Pas surprenant : son application est tellement limitée que ça demande tout un travail pour le personnel de la paie pour déterminer à quel moment la verser. Même chose pour les primes de temps plein qui comportent bien des règles limitatives.

Et que dire de la question des vacances ! Il ne faut pas oublier que le personnel du réseau est arrivé dans cette crise déjà épuisé. Il faut rapidement trouver une solution pour donner des vacances cet été si on ne veut pas se retrouver avec une nouvelle vague d’épuisement professionnel avant l’automne.

Les méchants syndicats

Plus la gestion de la crise devient difficile, plus le gouvernement Legault frappe sur sa cible de choix : les syndicats. Avec la plus grande tribune qu’on a jamais vue, le premier ministre saute sur l’occasion de négocier sur la place publique et de s’en prendre à la CSN lors de plusieurs conférences de presse.

Il faut bien avouer que cette stratégie de division fonctionne. Des membres sont prêts à croire le gouvernement quand il laisse entendre que le salaire des préposé-es aux bénéficiaires (PAB) et des auxiliaires aux services de santé et sociaux (ASSS) n’est pas augmenté à cause des syndicats. La tribune du premier ministre lui donne un avantage important. Mais le problème, c’est que ces affirmations ne tiennent pas la route.

Augmenter dès maintenant le salaire des PAB et des ASSS, c’est tout à fait possible et le premier ministre le sait bien. Ne lui reste qu’à répondre à notre proposition pour régler les plaintes de maintien de l’équité salariale et le dossier est clos. S’il ne l’est toujours pas, c’est qu’il y a anguille sous roche. Ce que le gouvernement veut maintenant, ce n’est pas de régler rapidement les PAB et les ASSS, c’est de régler l’ensemble des conventions collectives pour tous les travailleuses et travailleurs du secteur public. Le gouvernement veut profiter de la crise pour donner des grenailles à tous les autres travailleuses et travailleurs.

S’il est urgent de régler la question des PAB et des ASSS, on ne peut pas faire comme s’il n’existait pas d’autres problèmes. Le réseau a bien du mal à attirer et retenir le personnel dans tous les titres d’emploi. Les salaires ne sont pas attractifs et encore moins les conditions de travail. Si on ne se penche pas sur ces problèmes pour l’ensemble, nous semons les graines de la prochaine crise du réseau.

Un déconfinement risqué

Dans les dernières semaines, le gouvernement a annoncé son plan de déconfinement qui touche directement les travailleuses des CPE et les RSG. Nous avons avec plusieurs autres dénoncé les risques de ce plan, surtout dans la région métropolitaine, tellement que le gouvernement a dû repousser la réouverture des services de garde dans le grand Montréal pour le 1er juin.

Depuis plus d’une semaine maintenant, les services de garde des autres régions sont impliqués dans la réouverture progressive. Je sais que ça soulève bien des questions et que les travailleuses des CPE et les RSG mettent tous les efforts pour adapter les milieux face à la pandémie. C’est tout un défi que sont en train de relever ces travailleuses et je leur lève mon chapeau. Nous continuons d’intervenir à tous les niveaux pour répondre aux questions et nous assurer que le tout se passe le mieux possible.

Le gouvernement est forcé de nous donner raison sur les problèmes du réseau

Plus le temps passe, plus le gouvernement met le point sur des problèmes que nous décrions depuis longtemps.

Tout le Québec sait maintenant l’impact du manque de personnel dans le réseau. Frappé par des années d’austérité et de réformes centralisatrices, le réseau est de plus en plus déserté. Avec l’arrivée de la COVID, nous dénoncions ce problème preuve à l’appui, notamment par des sondages sur l’épuisement du personnel. Pour régler ça, il faut revoir à la hausse les salaires, mais aussi les conditions de travail. Ça fait des années qu’on en parle. Il commence à être temps que ça se règle.

Ce qu’on se rend compte aussi, c’est à quel point les belles paroles du premier ministre et de la ministre McCann tardent à se rendre sur le terrain. Des semaines après avoir annoncé qu’il fallait cesser de déplacer le personnel et qu’il faut tester davantage, ce n’est toujours pas respecté à certains endroits. Le réseau est rendu tellement centralisé qu’on en perd des bouts. C’était ce qu’on craignait qui arrive avec la réforme Barrette. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il faut une réorganisation du réseau qui doit miser sur trois grands principes pour parvenir à améliorer la situation pour le personnel et la population : la décentralisation, la démocratie et l’autonomie des équipes.

Dans les dernières années, si les employeurs et les gouvernements avaient écouté plusieurs acteurs du milieu, notamment, les travailleuses et travailleurs et les syndicats, on n’en serait pas là. On aurait dû depuis belle lurette augmenter nos salaires et nos conditions de travail et on ne vivrait pas les problèmes criants de manque de personnel. On n’aurait pas fait une réforme hypercentralisatrice et on aurait plutôt mis le réseau entre les mains des usagers et du personnel. Tant mieux si le gouvernement comprend enfin les problèmes que nous vivons. Vaux mieux tard que jamais !

Le privé frappe le mur

La privatisation du réseau a échoué. Cette crise le démontre clairement. Les CHSLD privés font mauvaise figure dans la gestion de la crise et plusieurs CHP ont aussi de la misère. On ne se le cachera, c’était une des pires idées que nous avons eues de mettre entre les mains du privé le sort de nos aîné-es vulnérables. Cette privatisation de notre réseau, nous la dénonçons depuis longtemps.

Si les conditions de travail sont difficiles dans le public, elles le sont aussi dans le privé. Et les salaires sont encore plus bas. Il faut tout rebrasser ça : on est capable de donner de bonnes conditions à celles et ceux qui prennent soin des aîné-es ! Et on est capable de réintégrer dans le public ces centres privés. Soigner doit être la priorité, pas faire des profits !

Le travail des syndicats

Je termine en soulignant le travail des syndicats. Plusieurs militant-es de la FSSS-CSN sont de retour sur le plancher pour prêter main-forte aux équipes. Cette aide est plus que bienvenue ! Cela met une grande pression sur les militant-es qui restent pour faire tout le travail syndical en cette période critique. Les questions du personnel sont nombreuses et je sais que les militant-es travaillent plus que jamais pour y répondre. C’est un travail de l’ombre, mais qui est tellement nécessaire.

Jeff Begley, président de la FSSS-CSN


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